LE MONUMENT D'AMIENS 

 

 

 

 

 LE PROJET D'UN PANTHEON INTERALLIE

 

Le plan d´extension de la ville d´Amiens adopté par le Conseil municipal le 1er octobre 1919 prévoyait l´érection, boulevard de Beauvillé, d´un Panthéon de la Reconnaissance et du Souvenir.

En avril 1920, le Conseil général de la Somme, consulté, vota une subvention de 25 000 francs pour la construction d´un monument qui commémorerait à la fois les batailles de la Somme et les morts de la commune. Suivant l´exemple du Conseil général, le Conseil municipal d´Amiens vota le 4 mai 1920 une subvention de 25 000 francs destinée à couvrir les frais de propagande autour du futur Panthéon.

 

 

Le Messager de la Somme - Dimanche 15 novembre 1925
Le Messager de la Somme - Dimanche 15 novembre 1925

 

Dans ses délibérations du 4 mai 1920 et du 19 mars 1921, le Conseil municipal confirma sa volonté de ne pas élever de monument aux morts de la ville d´Amiens, ceux-ci devant être honorés au sein du Panthéon interallié où leur étaient réservées les deux colonnes les mieux en vue.

 

Dans le courant de l´année 1922, l´appel à la générosité publique s´organisa, non seulement à Amiens mais aussi à l´étranger. Pendant l´été 1923, les comités nationaux formés pour soutenir l´érection du Panthéon interallié d´Amiens organisèrent plusieurs fêtes, dont le produit était destiné au monument.

(cf ci-dessous la Une du Messager de la Somme du 19 juin 1923)

 

 

 

Une place fut créée par le conseil municipal d´Amiens dans ses délibérations des 6 mars, 30 juin et 13 octobre 1923, pour accueillir le futur monument.

Mais à la fin de l´année 1924, le projet de Panthéon interallié fut abandonné. Cette décision provoqua quelques remous.

 

Après l´abandon du projet de Panthéon Interallié, une souscription publique fut lancée afin d´ériger un monument aux seuls morts de la commune. Ce monument fut commandé au sculpteur amiénois Albert Roze, qui l´exécuta avec l´aide des entreprises Derivery et Denis.

Au début du mois d´avril 1929, le monument était presque achevé, au prix d´un grand effort, comme le rapporte le Journal d'Amiens du 7 avril 1929  : "son auteur, M. Roze, n´a pas craint par 17 degrés de froid et avec des mains gelées de continuer son oeuvre pour qu´elle fût prête en temps voulu."

 

 

 

 

LE MONUMENT AUX MORTS PLACE FOCH

 

 

Le monument d'Amiens - Le Messager de la Somme - 14 novembre 1926
Le monument d'Amiens - Le Messager de la Somme - 14 novembre 1926

 

 

Le Messager de la Somme du 14 novembre 1926 décrit ainsi le monument ; "L'éminent artiste, M. Albert Roze, a voulu que le monument élevé à la gloire des quatre mille amiénois restés sur le champ de bataille, glorifiât en quelque sorte l'armée française tout entière. Ces quatre mille soldats représentaient, en effet des fantassins et des cavaliers, des aviateurs et des artilleurs. Ces soldats qui ont donné leur sang sans hésiter appartenaient à toutes les classes ; il y avait parmi eux de jeunes bleuets comme de vieux territoriaux. Les statuaire a donc voulu, dans une heureuse pensée, que chacune des armes de l'armée française figurât sur le monument.

 

 

 

C'est ainsi qu'adossés au fût de la colonne, que domine une victoire ailée qui tient dans ses mains les lauriers immortels et la palme du sacrifice, on admire sur la face principale deux fantassins d'âge différent, un homme de l'active et un territorial, à droite un fusilier et un matelot, à gauche un mitrailleur et un aviateur ...

Sur le fût de la colonne, au-dessus des groupes est gravée la dédicace du monument : A ses Morts la Ville d'Amiens reconnaissante - 1914-1918. L'inscription est surmontée des armes de la ville.

 

Sur le socle la signature : "A. Roze invenit et sculpsit"."

 


 

A l'est, deux fantassins, le jeune et l'adulte qui se tiennent la main - geste de fraternité au front - et qui représentent les deux générations ayant participé à la guerre.

Au sud, un cavalier et son casque à crinière, son sabre et sa cape ; à côté de lui, près d'une hélice et d'une bombe, un aviateur.

A l'ouest, un sapeur du génie, avec corde et marteau ; près de lui un tankiste, avec chenille et tourelle..

 

Au nord, un artilleur (canon et obus) et un fusilier marin. 

 

 

 

Le monument est élevé au centre d'un carrefour, emplacement destiné à commémorer le départ des troupes qui avaient emprunté ce carrefour en 1914, et à honorer la mémoire des 2666 Amiénois tués durant la Première guerre mondiale.

 

Le Journal d'Amiens du  avril 1929 félicita le sculpteur pour l'exécution de ce monument  : " alors que dans tant de communes de France, un goût si moderne qu'il en est barbare, a inspiré les auteurs de tels monuments, Amiens a su grâce au ciseau d'un artiste dont l'éloge n'est plus à faire, M. Roze, élever à la gloire de ses Morts un édifice digne d'elle et de l'idée qu'il représente." 

 

L´inauguration eut lieu le dimanche 14 avril 1929. De 10 h 30 à midi, se déroulèrent les offices religieux.  La cathédrale avait reçu pour l´occasion un décor tricolore : un catafalque aux couleurs nationales avait été dressé à la croisée du transept, et la grille du choeur était également drapée de tentures tricolores.

En début d´après-midi, le cortège officiel se forma boulevard de Belfort ; à 13 h 30, il s´ébranla vers la place Foch. Là, prirent place autour du monument les familles des disparus, les officiers de la garnison, les grands mutilés de guerre sur leurs voiturettes, et les sociétés locales. Une enceinte officielle avait été ménagée au pied du monument pour accueillir les personnalités parmi lesquelles le sculpteur Albert Roze. La place et les artères avoisinantes étaient noires de monde, plus de 10 000 personnes selon le Journal d'Amiens.

Le monument fut dévoilé et salué par de nombreux discours. Le canon de la Citadelle sonna pour indiquer la minute de silence suivie des dépôts de gerbes et couronnes au pied du monument. La cérémonie prit fin avec le lâcher de 1 050 pigeons.

Si cette inauguration fut présentée sous les couleurs de l'unité, des dissensions se manifestèrent néanmoins. La municipalité d´Amiens ne fut pas représentée au service religieux célébré dans la cathédrale. Inversement, le préfet de la Somme n´assista pas à l´inauguration civile, sur l´ordre du gouvernement.

Le Journal d'Amiens du 16 avril 1929

 

 

 

LE MONUMENT AUX MORTS DU CIMETIERE MILITAIRE DE SAINT ACHEUL

 

 

 

 

 

Situé au sud-est de la ville d'Amiens, dans le quartier Saint-Acheul, ce cimetière fait partie de la nécropole nationale de Saint-Acheul. Près de trois mille soldats morts durant la grande guerre y sont enterrés. C'est là que se trouve le monument aux morts d'Albert Roze.

Voici la description qu'en fait le Journal d'Amiens du 28 juillet 1924 : "[cette stèle sacrée] est simple. Sur le soubassement en granit qu'a fleuri avec goût l'art de M. Anseaume, un tronc de pyramide, à base carrée haut de trois mètres, géométrique, sobre, net. Une grande croix a été gravée dans la pierre blanche. Au centre des deux branches de la croix, en médaillon, le Poilu casqué, dominant le laurier et le chêne croisés. Sur l'autre face, une Patrie douloureuse et digne Sur chacun des côtés du bloc de pierre, un glaive, celui de la Justice et du Droit".

 


 

"Au maître amiénois Albert Roze nous devons ce beau morceau qui enrichit encore le magnifique florilège artistique constitué par les grandes oeuvres du bel artiste picard."

 

La statue de la femme éplorée et le pot à feu qui surmonte la stèle seront ajoutés plus tard. (cf infra).

 

 

 

 

Comme l'indique la dédicace sur le fût de la stèle, ce monument fut offert en 1924 par le Souvenir français, association qui, depuis sa fondation en 1887, s'est donné pour mission de commémorer le souvenir des soldats tombés au champ d'honneur et d'entretenir les monuments aux morts.


 

 

 

L'INAUGURATION DU MONUMENT

 

 

 

L'inauguration du monument aux morts de Saint-Acheul, qui donna lieu à une cérémonie grandiose, eut lieu en présence du Maréchal Joffre.

(Le Journal d'Amiens 24 juillet 1924)

 

 

" Les autorités arrivent au Cimetière militaire par la rue de Cottenchy ... Une foule considérable, recueillie et silencieuse, est maintenue autour du monument qui va être inauguré. A droite et à gauche la plaine est criblée de petites croix blanches, criblée aussi de petits panneaux musulmans orientés vers le soleil levant. Là, trois mille frères d'armes dorment du sommeil éternel de ceux qui sont morts pour une grande et juste et noble cause." 

Puis vient le moment de la cérémonie officielle de la remise du monument par le Souvenir français aux autorités représentant le gouvernement.

 

 

 

LA STATUE DE LA FEMME EN DEUIL

 

 

 

Une statue représentant une femme en deuil fut ajoutée devant la stèle. 

 


 

 

 

Cette allégorie du Deuil date de 1925 et est signée Albert Roze

 

 

 

Une carte postale de l'époque, représentant une commémoration au pied du monument, atteste que le  pot à feu actuel que l'on voit sur le faîte de la stèle, a été placé plus tardivement.

 

 

 

 

 

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