LE MONUMENT DE CORBIE

 

 

Le Maire de Corbie estime, en 1921 que le moment est arrivé de « s’occuper de l’érection du monument aux morts ; il propose de faire une quête à domicile, chaque conseiller, accompagné d’un poilu, quêterait dans une rue ou dans un quartier ».

 

Pressenti  pour le projet, Albert Roze le sculpteur amiénois, fournit début 1923 une maquette du monument pour les enfants de Corbie "Morts pour la France ». 

 

 

Le 17 janvier 1923  le maire établit une liste de personnes susceptibles de collaborer utilement à la quête. « Il a pensé que les mutilés, les vétérans, les Poilus et les notables devaient y participer très conséquemment ». Pour cette quête, comme le rapporte Le Petit Corbéen du 22 avril 1923, « Corbie a été divisé en 22 secteurs et 44 commissaires ont été désignés et ont accepté de se présenter à domicile pour recueillir les souscriptions".

 

 

 

 

 

Des initiatives privées vont compléter ces quêtes à domicile, comme ce match de football entre le CAC (Corbie Athlétique Club) et le Stade roubaisien B, organisé au bénéfice du monument (Progrès de la Somme du 1er mai 1923). 


 

 

 

 

Le 9 mai 1923, le maire demande l’avis du Conseil municipal quant à la bénédiction du monument. "La question est mise aux voix par le Comité. Le conseil vote par six voix contre trois et une abstention, la décision de conserver la ligne de conduite qu'il s'est imposée lors de son élection, c'est-à-dire réserver la neutralité du monument."

 

 

 

 

 

 

 

Le monument ne sera donc pas béni ! Ce qui sera souligné avec amertume dans le n°27 du Bulletin paroissial de Corbie :

 

Le monument aux Morts

 

"Il fait bonne et grande figure au seuil de ce qui sera le square du nouvel hôtel de ville. Et du point de vue artistique, il est au-dessus des critiques. La cérémonie d'inauguration en fut aussi belle que possible. On eût souhaité cependant que l'élément militaire y fût plus largement représenté. Mais là où le goupillon est exclu, une certaine logique demande que le sabre le soit également. La non bénédiction planera sur le monument comme un regret pour beaucoup". 


 

 

 

Le monument reviendra à quelque 50 000 francs (environ 50 000 euros), somme couverte par une subvention de 37 000 francs, un crédit de 10 000 francs et le produit de la souscription publique.

 

 

Le monument en pierre de taille a la forme d’un mur semi circulaire sur lequel sont apposées les tables portant les noms des morts.  

 

 

Cet ensemble sert d’écrin à un groupe sculpté qui représente La veuve et l’orphelin. Une jeune femme tient serré contre elle son enfant « lui enseignant [selon les propos du Maire] la reconnaissance éternelle due à ceux qui ont su barrer la route à l’invasion et sauvegarder la grandeur et l’intégrité de la France ».

  

Sa main droite, au-dessus d’une stèle qui porte les armes de la ville de Corbie, montre les noms des héros. L’enfant tient dans ses bras une gerbe de fleurs. Les visages sont graves

 

 

Sur le socle, d’autres éléments symboliques : un casque posé sur des rameaux de chêne et de laurier, la palme des martyrs.

 

Le thème de "la Veuve et l'orphelin", cher à Albert Roze, se retrouve dans les monuments de Fontaine-sur-Somme et de Vignacourt.

 

 


 

 

 

Le monument est inauguré le dimanche 9 août 1925. Après la célébration d'une messe le matin, le cortège, l'après-midi, défile dans les rues de la ville jusqu'au monument aux morts.

 

La foule est dense, citoyens de la commune et des environs, nombreuses personnalités parmi lesquelles Albert Roze l’auteur du monument.

 

Dans son discours le Maire explique d'abord les raisons pour lesquelles le monument n'a pu être érigé plutôt. C'était la volonté de "pouvoir y faire graver sans omission la liste de tous ses enfants morts pour le pays". Corbie donnera en sacrifice à la Patrie 212 de ses enfants et sept victimes civiles.

 

Puis le maire remercie ses concitoyens d’avoir répondu de manière exemplaire à l’appel à souscription. Il félicite le sculpteur « d’avoir su traduire, avec tant de précision artistique dans la pierre, le symbole du souvenir » car souligne-t-il « ne voulant qu’en rien cet hommage à nos enfants puisse rappeler les horreurs de la guerre, nous lui avons demandé d’exprimer, dans la pierre, le culte du Souvenir ». (Le Progrès de la Somme, 10 août 1925). 

 

 

Si de nombreux discours reçurent l'approbation générale, celui d'un Maire parlant au nom des maires du canton, déplut fortement au Chanoine-doyen de Corbie qui, dans le bulletin paroissial précédemment cité, répliqua de manière cinglante :

 

"M. le Maire ... votre discours fut un discours public que tous ont le droit d'apprécier. J'ai le devoir de vous dire en tant que prêtre curé-doyen de Corbie, qu'il fut une mauvaise action. Et je sais pertinemment que les veuves présentes l'ont désapprouvé.

 

Que voulez-vous qu'elles comprennent à votre prière laïque ? ... La prière laïque, c'est le silence devant la pierre et les cendres des tombeaux. Les mères et les veuves en veulent une autre plus douce, plus vraie, plus consolante : celle qu'elles savent et qu'elles apprennent à leurs enfants, la prière de leur catéchisme et de leur Première Communion ...

 

 

Il n'empêchera que le monument aux morts reste sacré pour tous, et que les chrétiens et les chrétiennes s'y arrêtent de temps en temps, pour se signer de la Croix (Oh ! horreur !), et même y prier la prière de la foi et de l'espérance ..."

 

Tandis que les cérémonies se terminent par un vin d’honneur, "les Corbéens défilent devant le monument qui perpétuera le souvenir de cette journée et de ceux qui en furent les glorieux héros".

 

 

 

 

En 2013, pour permettre une réorganisation de l’espace devant la Mairie et faciliter l’accès au public lors des cérémonies commémoratives, le monument sera déplacé de quelques mètres vers le parc.

 

 

 

 

 

 

 

 

Démonté élément par élément il sera reconstitué à l’identique sur son nouveau socle. (Le Courrier picard du 23 avril 2013). On en profitera pour ajouter le nom de victimes oubliées "mortes pour la France".

 

 

NB : les photos de ce "déplacement" nous ont été gracieusement fournies par Mme Bérengère Marcille, chargée de la

 

communication à la Mairie de Corbie.

 

 

 

 

Ci-dessous la rénovation des plaques au fil du temps.