Les pertes ont été si grandes que le triomphe de la victoire cède la place à l'expression du chagrin.

 

    Si le discours officiel est plutôt patriotique (voir les inaugurations), le monument parle souvent un autre langage : celui de la douleur. Il affirme sa destination funéraire, avec le motif de l'urne, d'inspiration antique. 

 

   

 

 

     Pas d'esprit de revanche généralisé, mais un pathétique largement diffusé à travers des scènes édifiantes : visages crispés, gravité douloureuse des soldats blessés ou mourants. 

 

 

 

 

     soutenus ou veillés par des femmes allégoriques, des pietà ...

 

 

 

 



 

     - des femmes affligées, éplorées, s'inclinant sur un casque ou serrant un manteau vide ... 

 

 

 

 

      - des femmes qui ne sont pas seulement des allégories à l'antique, mais des mères, des veuves qui pleurent leurs enfants et qui maudissent avec violence la guerre comme dans le beau monument de Paul Auban à Péronne.

 

 

 

 

     Le superbe monument bifrons de Roye illustre lui-aussi cette tendance pacifiste : d'un côté la Paix et la Ville debout, de l'autre, la guerre, vieille femme accroupie sur fond de ruines.

 

 

 

 

     La femme perpétue le souvenir en montrant à son fils le casque de son père ou son nom inscrit dans la pierre.

     

 

      A Licourt, c'est l'enfant lui-même, visage grimaçant qui tire le linceul sur le corps du soldat, son père.

 

     A Miraumont et à Thézy-Glimont, le petit enfant accroche la couronne de lauriers à la stèle.

 

 

     Les bas-reliefs qui ornent certains monuments retracent

 

    - des épisodes douloureux de la guerre : la mère et l'épouse, la mobilisation, le départ du soldat, les tranchées, l'évacuation des blessés, des champs de croix.

 

     

 

 

 

   - des scènes de la vie quotidienne : les semailles, les labours, des groupes familiaux où figurent les trois générations ; tout cela suggère la vie en temps de paix ou la vie qui malgré tout continue.

     

 

 

     

      Ces monuments funéraires, tout en glorifiant les héros, exaltent le chagrin des survivants et perpétuent le souvenir du sacrifice à travers les générations. Geste symbolique, une femme grave dans la pierre le nom des soldats disparus.

 

 

 

      Funéraire, patriotique, civique, tous ces aspects, nous l'avons dit, cohabitent dans de nombreux monuments, dans une espèce de redondance symbolique.