A l'origine, environ 50% des monuments aux morts se dressent sur une place publique, un quart sur la place de l'église, environ 15% dans les cimetières. Le reste est plutôt excentré.

 

       Comme la plupart des villages sont de dimensions modestes, le monument est parfaitement intégré au centre : la mairie, l'église, l'école, la place, ne sont pas en général, très éloignées les unes des autres.  

 

      


       D'ailleurs, au cours de notre voyage itinérant à travers la Somme, c'est le clocher de l'église qui nous a servi de point de repère et, presque toujours, nous avons découvert le monument dans les environs immédiats.

 

 

 

 

      

       Le choix  de l'emplacement n'alla pas sans difficultés.

 

      La population y attachait une grande importance. C'était en effet le signe d'un deuil récent et aussi un symbole pour la commune qui l'érigeait. 

 

       Il fallut donc concilier les opinions politiques, religieuses voire les intérêts particuliers.

 

       Malgré cela, le choix de l'emplacement fit souvent l'objet de querelles.

 

     A Roye on évoque d'abord une propriété située sur le rempart du Château, don d'un notable de la ville.

 

     Mais d'autres voix s'élèvent pour qui "Le monument aux morts doit être situé dans un endroit tel qu'il se manifeste à l'attention de tous, sans qu'en ait à le chercher " (La Renaissance de Roye 1927).

 

   D'autres royens proposent l'intersection des routes de Nesle, Péronne, Noyon, pour rappeler doublement l'invasion et le souvenir des disparus ...

 

    Finalement le monument sera construit, en haut de la rue Jean Jaurès, actuellement Place des Combattants.

 

       A Tours-en-Vimeu, le 31 décembre 1921, les anciens combattants protestèrent contre l'emplacement choisi par la municipalité en ne participant pas au cortège officiel, auquel d'ailleurs ils n'avaient pas été conviés. Ils organisèrent un défilé indépendant dans la soirée. (Bresle et Vimeuse, 9 juillet 1921)

 

    A Saint-Valéry-sur-Somme, l'opposition entre le Conseil municipal et le Comité privé pour l'érection du monument, tourna presque à l'émeute.

 

         

 

   

 

 

 

 

 

   A Daours le monument était prévu, dans une première délibération de 1920, dans le cimetière ; mais cela obligeait à déplacer et à réédifier le calvaire d'où de nombreuses protestations.

 

  On décida donc de le construire devant la Mairie ce qui fut fait en 1922. Par la suite pour des raisons de sécurité, notamment lors de la fête du bourg, il fut décidé de déplacer à nouveau le monument ! Mais dans une délibération du 4 mai 1923, le Conseil :

 

"considérant que le déplacement ne peut se faire avant la fête de Daours, décide à l'unanimité de surseoir à ces travaux. La fête locale aura donc lieu, comme chaque année, sur la Place de la Mairie, tout en ayant soin de réserver autour du Monument un espace suffisant pour que le dit monument soit respecté".

 

 Comme en témoignent de récentes photos le monument ne sera plus déplacé.


 

 

      Pour beaucoup, le monument se devait d'être au centre de la vie locale, sur la place principale, à l'endroit le plus fréquenté pour qu'il puisse être vu de tous.

 

      A Gamaches, dans son discours d'inauguration, le maire justifie l'emplacement du monument sur la place principale de la ville :

 

      "En acceptant cette oeuvre admirable qui symbolise la grandeur d'âme, la fière volonté de tous ceux qui ont été appelés à défendre le sol sacré de la Patrie, la Municipalité a choisi un emplacement qui fût digne de  leur sacrifice et puisse rappeler aux générations futures la suprême reconnaissance des habitants de Gamaches à ses Chers Enfants" (Bresle et Vimeuse, 21 août 1921).

 

      Un conseiller municipal de Doullens affirme dans le Progrès de la Somme du 8 septembre 1921 que

 

      "L'avenue de la Gare étant la plus mouvementée, c'est à elle que revient le monument".

 

     A Millencourt-en-Ponthieu, dans une lettre adressée au Préfet le 10 mai 1921, un groupe d'électeurs se plaint de l'emplacement choisi, le cimetière

 

      "un lieu où personne ne le verra ... cimetière trop petit un jour appelé à disparaître. Notre Poilu restera seul dans un coin".

 

 

       L'architecte Brassart-Mariage explique dans son projet, pour la ville de Ham, qu'il faut que

 

      " le plan du monument soit organisé de telle façon qu'il paraisse le plus possible, qu'il soit le mieux possible en vue " (Progrès de la Somme, 12 novembre 1921).

 

         

 

 

 

        D'autres élus ne l'entendirent pas ainsi et ont préféré un emplacement plus au calme.

 

         A Hangest-sur-Somme, le 1er février 1920 le maire précisait dans une délibération :

 

       "Il s'agit de trouver un emplacement convenable car le choix de cet emplacement n'est pas une chose indifférente ; il faut qu'en tout temps comme en toute circonstance le monument soit entouré par les générations futures, de tout le respect dû à la mémoire de ceux qui ont fait le sacrifice de leur vie pour la défense du Pays.

 

      Nous avons bien nos places publiques, mais leur exiguïté ne se prête guère à toute installation qui les retiendrait, et d'autre part,  les places sont des lieux où se font toutes sortes de réjouissances et je ne vois pas bien un monument commémoratif au caractère sacré s'il en fut, et autour duquel on danserait."

 

      Pour le monument représentant la Veuve et l'orphelin, le maire de Vignacourt explique pourquoi le choix de l'emplacement s'est porté sur le cimetière : 

 

      "Le caractère particulièrement touchant de ce monument explique pourquoi, contrairement à ce que font certaines communes, on ne l'a pas édifié sur une place publique, mais dans le cimetière même.

 

    Les familles en deuil l'entoureront d'une sollicitude particulière et, décemment, sur une place où doivent avoir lieu les réjouissances populaires, les habitants en fête auraient pu être gênés de danser au pied de la veuve et de l'orphelin" (Progrès de la Somme, 9 août 1921)

 

      Dans certaines communes afin d'instruire les générations à venir, le monument a été érigé près de l'école.

       

       Ainsi le conseil municipal dans sa délibération du 3 juillet 1923

 

    "... considérant qu'il est du devoir de tous les Français de s'associer par un acte solennel, à l'élan de reconnaissance qui doit animer tous les citoyens, décide d'ériger à Mons-en-Chaussée, au centre même de la cour principale des nouveaux bâtiments scolaires, le monument ..."

  

     Certains monuments se trouvèrent en parfaite harmonie avec cet emplacement puisqu'ils représentaient un enfant tenant une palme ou une couronne de laurier.

 

 

      Le monument a été quelquefois déplacé pour des raisons particulières ; celui de Dury, comme nous l’avons déjà dit pour permettre la construction de l’autoroute ; à Corbie  pour faciliter son accès lors des inaugurations.

 

     A Domart-en-Ponthieu c'était pour mettre en valeur la maison des templiers. Comme le rapporte le Courrier picard du 30 juin 2002, la municipalité prit soin de consulter la population ; 158 habitants se sont prononcés pour le déplacement au square Charles-De Gaulle, contre 119 qui auraient voulu le laisser en place.

 

     Dans le cadre de la rénovation du centre bourg, le monument aux Morts de la commune de Hangest-en-Santerre a été déplacé le 23 mai 2008 de la place de la mairie vers le Square de la Bibliothèque.

 

 

 

 

 

       Déplacement du monument aux morts de Corbie (photos : Bérengère Marcille, chargée de communication à la Mairie de Corbie)

 

        Lors de cette opération, à la demande de la section locale du Souvenir français, 14 noms "oubliés" furent rajoutés sur les nouvelles plaques.

 

 

       Beaucoup auraient souhaité voir le monument au cimetière. 

 

      Citons la lettre d'un conseiller municipal d'Abbeville qui plaide en faveur du cimetière.

 

    "A quel endroit de la ville, la mère, l'épouse, les enfants, qui ne pourront avoir la consolation de posséder près d'eux les restes des leurs, iront-ils se recueillir et souvent prier ?

      N'y a-t-il pas lieu, d'être convaincu que ce sera à l'ombre d'un monument élevé justement dans cet enclos, d'où sont exclues toutes les réjouissances, que ces malheureux viendront vivre quelques instants avec leurs chers disparus?

 

Le Pilote de la Somme, 12 novembre 1920.

 

     De nombreux conseils municipaux ont rejeté cette demande. 

 

     Qu'elles aient été vives ou apaisées, les discussions et les polémiques qui ont eu lieu lors de la décision du lieu d'implantation montrent bien que chaque citoyen se sentait concerné par l'édification "de son monument".