Le jour de l'inauguration, les noms des soldats morts pour la Patrie résonnaient dans l'air et, au son du clairon, passaient à la postérité.

 

 

 

 

 

 

Mais arrêter la liste de ceux qui figureraient sur le monument n'a pas été chose facile.

       

A Domvast, le Conseil municipal

 

"décide que seuls seraient inscrits les noms des mobilisés morts alors qu'ils étaient sous les drapeaux ; il n'est pas possible d'inscrire les noms des militaires rentrés dans leurs foyers lors de leur décès, même si ce décès résulte des suites de la campagne car, d'après les dispositions législatives actuellement en vigueur, il pourrait y avoir de telles morts encore dans 40 ans" (Délibération du 14 août 1920).

 

         A Abbeville, dans une lettre datée du 16 septembre 1921, le maire

 

        "certifie que les noms à graver sur le monument, Les Patrouilleutrs, ... sont exclusivement ceux des Officiers, des Sous-Officers et Soldats abbevillois morts pour la Patrie".

          

 

       Dans une commune on refuse d'inscrire le nom d'un d'un homme convaincu de meurtre.

 

 

  

     

 

 

    A Allery, un père spécifie dans sa lettre adressée à la Sous-préfecture, en septembre 1920,

 

       "qu'il n'entend nullement que son fils ... mort au champ d'honneur, figure sur le monument que la mairie doit ériger".

 

     Réponse du maire :

 

      "la liste des soldats a été déposée à la mairie du 1er au 15 mars 1920. Les habitants ont été invités par voie d'annonce à en prendre connaissance et à présenter leurs observations et réclamations. Monsieur ... présent à cette époque n'a formulé aucune réclamation. A l'expiration du délai, la liste définitive arrêtée, a été transmise au sculpteur, chargé de l'érection".

 

     Réponse du sculpteur le 15 octobre 1920 :

 

      "impossible de faire droit à la demande ... l'inscription du monument étant terminée avant la date de la réclamation".


 

 

     Sur quelques monuments, la liste des noms est accompagnée de médaillons d'émail à l'effigie des morts, et l'émotion est grande à la découverte des ces jeunes visages qui sortent de l'anonymat.

 

 

 

      La liste des morts est gravée sur le monument lui-même ou sur une plaque voisine.  

 

   De nombreux conseils municipaux lors de leur délibérations, ont fixé eux-mêmes l'emplacement, l'ordre, et la manière dont devaient être gravés les noms. 

 

   Les familles des victimes étaient attentives à la disposition des noms sur le monument, comme en témoigne la lettre d'un habitant de Revelles :

 

    " Nous voudrions savoir dans quel ordre s'est faite l'inscription de nos camarades morts pour la Patrie. On pouvait inscrire ces noms dans l'ordre alphabétique, ce qui eût été parfaitement logique ; on pouvait aussi les placer dans l'ordre chronologique des décès. On n'a suivi ni l'un ni l'autre ..." (Le Progrès de la Somme, 1er octobre 1921)

 

       Remarque valable pour d'autres communes comme celle d'Ailly-sur-Noye.

 

 

     

     

 

 

      Les soldats sont cités, en général, par ordre alphabétique.

 

      Le nom des soldats est souvent suivi du nom des victimes civiles. A Moislains on rend hommage aux fusillés.

 

     

 

     

 

 

     Quand la place le permet, on inscrit sur le monument le nom, le prénom, le régiment voire le grade.

 

 

     On trouve aussi des listes chronologiques : morts en 1914, 1915, 1916... Parfois le nom est suivi du lieu où le soldat a trouvé la mort.

 

     Le soldat de Davenescourt, oeuvre du sculpteur Albert Roze, présente la stèle où figurent les noms des morts.

     

 

 

     Dans les chefs-lieux de canton, comme à Rue, le monument rappelle, outre les pertes de la commune, celles du canton tout entier.

 

 

    Quelquefois, trois ou quatre noms identiques se suivent sur la pierre, triste témoignage de familles entières décimées.

 

    Outre la liste des morts de la Grande Guerre, le monument aux morts comporte souvent aussi les noms des victimes de la seconde guerre mondiale. En effet les communes n'ont pas construit de monument spécifique pour ce conflit ; elles se sont contentées d'ajouter des noms sur le monument de 14/18. 

 

     Il en sera de même pour les guerres d'Algérie ou d'Indochine.

     

    Le monument peut aussi rappeler le souvenir de guerres précédentes : celle de 1870 et les campagnes coloniales d'avant 1914, comme c'est le cas à Moreuil. 

 

     A Soyécourt, les inscriptions rendent hommage aux régiments tombés lors des combats pour défendre le village.

 

 

      La gravure des noms constituait un poste de dépense conséquent pour les communes ; noms gravés par les sculpteurs ou le plus souvent par les marbriers.