LE MONUMENT DE MOREUIL 

 

 

 

 

 

Le 25 août 1922, Albert Roze sculpteur à Amiens, fournit à la ville de Moreuil, un devis descriptif pour l'érection d'un monument commémoratif et y joint une maquette.

 

 

 

 

 

Le monument sera composé "d'une stèle de marbre blanc clair de Carrare, haute de 2m 95 à 3 mètres. Sur l'une des faces de cette stèle sera représenté en haut relief un soldat en action s'élançant à  la poursuite de l'ennemi.

 

Sur l'autre côté de la stèle sera sculpté un médaillon représentant un soldat de 1870 ; autour et au-dessous du médaillon seront gravés dans le marbre les noms des victimes des guerres de 1870 et de 1914 ... Ce monument sera exécuté pour la somme de 40 000 francs" (environ 40 000 euros).  

 

 

 

 

Cette dépense devait être couverte par le réemploi de 40 000 francs alloués à la Ville à titre de dommages de guerre. (Destruction du monument de 1870 lors de la seconde guerre mondiale).

 

Etaient aussi prévues une somme de 10000 francs votée par le Conseil municipal et une souscription publique.

 

 

Finalement le monument fut payé avec un don des communes marraines de la Seine-Inférieure.


 

 

 

Au bas de la stèle figure l'inscription : " Reprise de la Ville de Moreuil le 8 août 1918. Les troupes françaises attaquant avec bravoure ont traversé l'Avre et en dépit de la résistance ennemie ont enlevé les défenses allemandes."

 

Le monument porte la signature du sculpteur Albert Roze et la date de 1923. 

 

Comme l'atteste la plaque fixée sur le soubassement, il fut inauguré le 12 octobre 1924, sous la présidence du général Nollet, ministre de la guerre. 


 

 

 

Le Progrès de la Somme du 13 octobre 1924 consacre sa Une à la cérémonie d'inauguration.

 

" ... la ville avait revêtu sa plus belle parure. Aux maisons ... pendent de longues guirlandes aux couleurs tricolores ... Dans les rues pavoisées, des arcs de triomphe monumentaux jalonnent le parcours que doit suivre le cortège ... Cette de verdure, de fleurs, d'oriflammes, de guirlandes, que le soleil inonde de ses rayons les plus chauds, semble couvrir les ruines de Moreuil d'une vie renouvelée ..."

 

Le cortège parvient au monument.

 

"Le drap tricolore qui voile le monument tombe et celui-ci se dresse alors dans sa blancheur de marbre, tranchant sur le fond bleu  uni du ciel. Sculpté en haut relief dans la masse, un poilu géant forme le seul motif de cette oeuvre d'art.

 

 

 

 

Seul mais combien vivant et de quelle puissance, cet homme au geste large, au visage exalté, tenant dans sa main droite, prête à la balancer, une meurtrière grenade-citron, dans la main gauche, le fusil, l'arme à longue portée, dont il n'a plus que faire". 


 

 

 

 

 

 

S'ensuivent la remise du monument à la Ville, l'appel aux morts, les discours de nombreux orateurs dont celui du général Nollet dont voici un extrait :

 

" ... Messieurs, en se penchant pieusement au bord de ces tombeaux, ce n'est point seulement un geste d'affectueuse reconnaissance que doit accomplir la France ; elle doit y chercher les leçons de ceux qui aux heures les plus tragiques de son histoire, furent les interprètes fidèles de son âme et les grands artisans de son destin. S'ils sont tombés, c'est qu'ils pensaient que le patrimoine idéal qu'ils avaient à défendre valait un tel sacrifice et parce qu'ils espéraient que ceux qui viendraient après eux sauraient assurer leur triomphe ... ".

 

Et le journaliste termine son article par une envolée lyrique :

 

Le disque éclatant du soleil ... rougit de ses reflets sanglants le glorieux monument où s'incarne dans le grand soldat de marbre, l'âme des cent enfants de Moreuil tombés dans la bataille pour la victoire, pour la France".

 

Après la cérémonie, un vin d'honneur est offert dans la salle des fêtes décorée aux couleurs françaises et alliées.