Nous renvoyons à la thèse magistrale d'Antoine Prost (bibliographie) qui, classant les monuments aux morts, dégage le type civique : un obélisque ou une stèle orné(e) ou non de la Croix de guerre et portant gravée la formule officielle déjà citée , sans référence patriotique ou funéraire.

   

 

 

    Les ornements militaires apparaissent sous plusieurs formes : croix de guerre, légion d'honneur, obus, canons, épées, boucliers.

 

    Motif fédérateur de la laïcité et de l'église, la croix de guerre orne la plupart des monuments.

 

    Gravée sur le monument ou reproduite en bronze, surmontant l'édifice ou inscrite sur la face, c'est la plus haute distinction militaire due aux soldats "Morts pour la France". 

 

   Instituée par la loi du 8 avril 1915, elle est en bronze florentin et représente une croix de Malte posée sur deux glaives entrecroisés.

 

    Le centre représente à l'avers une tête de République au bonnet phrygien ornée d'une couronne de lauriers avec

 

l'inscription "République française". Au revers les dates 1914-918. 

 

    C'est le sculpteur Paul-Albert Bartholomé qui en réalisa le modèle.

 

 

 

 


 

 

    Cette médaille est principalement décernée à titre individuel.

 

    Cependant des citations collectives sont remises à partir de 1917 à des unités militaires et à des collectivités civiles.

 

     350 des 836 communes que comptait le département de la Somme à l'époque, soit près de 42%, sont décorées de la croix de guerre 1914-1918.

 

     La citation pouvait être individuelle, notamment  pour les communes les plus importantes, ou collective. Pour la Somme 40 citations différentes ont été rédigées, dont une concerne pas moins de 93 communes.

 

     Chaque citation constitue un concentré des souffrances endurées par les communes pendant la guerre. Destruction totale ou partielle, bombardements, occupation, évacuation ...

 

     Un exemple de citation : "courageuses cités situées dans la zone de bataille pendant la guerre, dont les habitants ont vu leurs bien saccagés et leurs demeures anéanties. Se sont signalées par la belle énergie dont elles ont fait preuve en dépit des misères et des graves dommages qu'elles ont subis. Ont bien mérité du pays". Paris le 27 octobre 1920. André Lefèvre.(Ministre de la Guerre)

 

     Dans le tableau des citations il ressort que la totalité de l'arrondissement de Péronne est décoré, donc sinistré (les 180 communes) ; la quasi totalité pour l'arrondissement de Montdidier (131 communes sur 144).

 

    Les arrondissements de Doullens et d'Amiens sont en partie touchés essentiellement lors de l'offensive allemande de 1918.

 

   Abbeville, éloignée de la zone de combat a été touchée par des bombardements aériens et seul le chef-lieu d'arrondissement est cité. 

 

 

 

 

 

    Autour des monuments, se dressent canons et obus. A propos de ces barrières d'obus, Olivier Descamps a pu dire que c'était la première fois qu'un objet industriel était intégré à un monument artistique (bibliographie) :  

 

      "Enchaîner la force sauvage. Ces obus enchaînés dégagent une poésie mélancolique et désespérée qui n'a pas été reconnue".

 

    La disposition des obus, en carré autour du monument, reliés par une chaîne, délimitent "l'espace sacré" et constituent une protection entre le monde des morts et celui des vivants.

 

 

 

    Casques, épées, drapeaux, fusils sont aussi des motifs récurrents qui renvoient à la symbolique militaire.

 

     

 

 

      Les monuments s'ornent aussi de profils de soldats, en métal ou gravés dans la pierre, et de soldats en buste posés  sur le fût.