Cette page est consacrée  aux oeuvres de quelques sculpteurs ou statuaires du Nord de la France, Picards en particulier, qui ont réalisé plusieurs monuments aux morts, parmi les plus remarquables, dans le département.

 

     Une page entière concernera le sculpteur amiénois Albert Roze dont la production de monuments aux morts, entre autres oeuvres, sera prolifique.

    

 

Pierre ANSART

 

 

    Evocateur d'une véritable lignée d'artistes et d'architectes, le nom d'Ansart est familier aux Amiénois.

 

    On doit à cet artiste décorateur, membre de la Socièté des Amis des Arts, les monuments de Chépy et Rubempré pour lesquels il a utilisé avec bonheur la mosaïque.

 

    On pourra lire son éloge funèbre par Duthoit dans le Bulletin des Antiquaires de la Socièté de Picardie, 1941-1942, XXXIX.

 

    Né à Amiens en 1873, il meurt à Saint-Valéry en 1941. 

 

 

 

 

Le monument de RUBEMPRE

 

 

  Le 17 mai 1920 l'architecte Pierre Ansart adresse au maire de Rubempré un devis, accompagné d'un plan, concernant

 

l'érection d'un monument aux morts pour la Patrie.

 

 

     Réalisé en pierre de taille, ce monument repose sur un socle carré. La partie supérieure est ornée sur chaque face

 

d'une mosaïque. L'ensemble est surmonté d'une corniche et d'un arc de triomphe reposant sur quatre colonnes avec 

 

des motifs en mosaïque et une Croix de guerre. A l'intérieur de cet ensemble est posé un casque Adrian.

 

 


 

 

Le monument de CHEPY

 

 

    En 1921 le comité créé pour l'érection d'un monument ouvrit une souscription qui rapporta 11000 francs. Le monument fut élevé par l'architecte Pierre Ansart et le marbrier Sueur.

 

     Un grand panneau en mosaïque portant la liste des disparus occupe le centre du monument. Un panneau plus étroit en décore la base.

 

     La grande mosaïque est réalisée sur une plaque de métal recouverte de terre cuite. Y figure la devise "Soyons unis pour vivre comme ils le furent pour mourir."

 

    Comme le rapporte le Journal d'Amiens du 4 juin 1922, dans son article consacré à l'inauguration du monument,

 

des milliers de personnes admirèrent l'oeuvre originale de l'artiste. 

 


 

 

 

 

Auguste CARVIN

 

 

 

    Né en 1868 dans le Nord à Sin-le-Noble, Auguste Carvin a étudié et travaillé à Amiens où il est mort le 15 mars 1949.

 

     "Ses dons, tout comme ceux de Valentin Molliens, ont été quelque peu occultés dans le contexte artistique amiénois, par l'ombre du géant Albert Roze à qui l'on attribue même certaines oeuvres de ces deux artistes"

 

(Le courrier Picard, 15 mars 1996).   

 

 

   Il aurait voulu devenir peintre mais ... daltonien ! il ne pourra assouvir son désir et se tournera vers la sculpture.   

 

   Elève de Gauquié et d'Albert Roze aux Beaux-Arts d'Amiens, Auguste Carvin expose dès 1896 au Salon des Artistes français.

 

 

  Sa première oeuvre remarquée est "Pâques au buis en" 1907. Il se plaît à représenter le plus souvent des personnages de condition modeste, paysannes, veuves, orphelins ...

 

   Il réalisera de nombreux monuments aux morts dans la Somme : Guillaucourt et Montauban-de-Picardie, Ailly-sur-Noye, Longpré-Les-Corps-Saints, Rosières-en-Santerre.

 

 

 

GUILLAUCOURT ET MONTAUBAN DE PICARDIE

 

     

    Le monument aux morts de Guillaucourt a été élevé par Teisseire entrepreneur à Vichy sous la direction de Paul Martin, architecte à Guillaucourt.

 

     La sculpture est de Paul Carvin. Le coût s'éleva à 11481 francs (environ 11480 euros) dont 11000 francs provinrent d'une souscription publique.

 

     Le monument est composé d'une stèle en trois parties : au milieu est gravé le nom des morts ; à gauche et à droite deux bas -reliefs représentent la mère et l'épouse agenouillées et en pleurs.

 

 

 


 

    Un monument quasiment identique, du ciseau du même artiste,  sera élevé dans la commune de Montauban de Picardie. 


 

 

 

 

 

 

 

AILLY-SUR-NOYE

 

 

 

 

 

  Concernant le monument d'Ailly-sur-Noye, le Progrès de la Somme du 4 janvier 1922 félicite l'auteur de la sculpture qui présente un

 

    "sujet spécial à la région, sortant de la série ordinaire ... En puisant ainsi aux sources pures du régionalisme, l'artiste s'est affranchi des préoccupations factices."

 


 

 

 

LONGPRE-LES-CORPS-SAINTS

 

 

    En août 1921, le conseil municipal de Longpré-les-Corps-Saints adopte un projet de monument, accompagné d'un devis et d'un dessin aquarellé, présenté par les architectes amiénois Mallet et Carpentier. La sculpture de la statue sera réalisée par le sculpteur amiénois Auguste Carvin.

 

    Le coût du monument s'élève à 27000 francs (environ 27000 euros), en grande partie financé par la commune et une souscription publique.

 

 


 

    Le monument est en pierre de Saint-Maximin, le relief en pierre de Lavoux.

 

   Au sommet un coq dressé sur ses ergots, symbole de courage ; à ses pieds une inscription avec la croix de guerre ornée d'un ruban de lauriers symbole d'immortalité.

 

  Puis le poilu au repos, les mains sur le fusil Lebel. A sa base l'inscription "Souviens-toi" et la présence de deux mortiers. 

 


 

 

ROSIERES-EN-SANTERRE 

 

 

    Réalisé en pierre blanche, le monument aux morts de Rosières-en-Santerre est composé d'une stèle en trois parties : au milieu est gravé le nom des morts ; à gauche et à droite deux bas -reliefs représentent la mère et l'épouse agenouillées et en pleurs.

 

      Au revers de la stèle, sont représentés un semeur et une sépulture surmontée d'une croix et d'un casque.

 

      Dressé au milieu de la stèle, un soldat, visage levé, la main sur la poitrine avec la mention : Le sacrifice.

 

      Lors de son discours pour l'inauguration du monument, le député de Montdidier "regarde le monument, tout blanc, et qui fait tache sur le fond ocre de l'église ...

 

      C'est l'oeuvre de M. Carvin, professeur au Lycée d'Amiens. Un jeune soldat de 20 ans va partir pour le front, il fait le serment

 

muet de donner, s'il le faut, sa vie pour son pays ..." (Journal d'Amiens, jeudi 2 novembre 1922)

 

 

 

Jules DECHIN

 

 

 

 

    Né en 1869 à Lille, Jules Déchin, élève à l'école des Beaux-Arts de Paris, est connu pour avoir réalisé de nombreux monuments commémorant la Première Guerre mondiale. 

 

 

CHAULNES

 

 

 

 

Il fournit un modèle La femme drapée aux fonderies Durenne qui l'éditèrent sous le titre de la France victorieuse ;

 

puis un autre modèle Poilu mourant que l'on retrouvera aussi dans les catalogues des entreprises.

 

 

     Le monument de Chaulnes associe ces deux modèles. Comme le précise le marché de gré à gré du 28 janvier 1924 : 

 

     "le monument sera en granit avec fondations très solides,

 

les personnages en fonte bronzée, les inscriptions sur plaques

 

de marbre ..."

 


 

GUEUDECOURT

 

 

  Le monument fut commandé au marbrier Polard de Péronne. Il fut érigé en octobre 1928 avec une statue en fonte appelée Armistice, oeuvre de Jules Déchin.

 

  Saisissant de réalisme, "le Poilu est un soldat avec sa boite à grenades et son fusil. Il fait un geste d'armistice ...(Lettre au Préfet, 6/02/1929) 

 

  Initialement posé sur un haut piédestal, le monument a été restauré et a changé de place. Il a été aussi repeint.

 

  Lors de ces travaux de restauration, l'initiale du prénom du sculpteur Déchin, a été transformée en un "L" au lieu du "J" d'origine.

 


 

 

FRAMERVILLE-RAINECOURT

 

 

    Le conseil municipal décida la construction du monument aux morts le 15 novembre 1925.

 

  Le projet fut dressé par l'architecte rouennais Pierre Chirol, la mise en oeuvre assurée par Jules Delvienne entrepreneur  au Cateau dans le Nord. La sculpture est l'oeuvre de Jules Déchin. 

 

    Inauguré le 26 septembre 1926, le monument coûta 22510 francs (environ 22500 euros).

 

    Le monument en granite belge représente un soldat placé devant une colonne monumentale surmontée d'une croix de guerre.

 

   Des épées ornent la colonne. Sur la face droite du socle, l'inscription "tribut de reconnaissance aux soldats des armées britanniques et australiennes  tombés pour la défense du pays". 

 

     Sur le socle, de face,  la devise "Hommage aux enfants de Framerville-Rainecourt" et l'inscription "Souvenez-vous de nos morts devant Dieu".

     

 


 

 ROYE 

 

 

 

    Réalisé en pierre de Romanèche (Ain), cette composition bifrons est un des monuments les plus remarquables du département.

 

    De part et d'autre d'une pyramide, se dressent la Guerre et la Paix, représentées allégoriquement, l'une par la veuve et l'orphelin devant les ruines, l'autre par une femme figurant la ville de Roye reconstruite.

 

    Les deux statues frappent l'imagination : le visage ravagé et douloureux de la Guerre, sa position agenouillée devant le corps de l'enfant s'opposent à la femme élancée et pacifique qui s'élève de l'autre côté du monument.

 

     Les signatures de J. Déchin, sculpteur, Rubin architecte et Petit entrepreneur apparaissent sur le monument.

 

 

 (se reporter à l'article consacré à cette commune)

 

 

 


Emmanuel Fontaine

 

 

 

     Né à Abbeville en 1856, Emmanuel Fontaine, élève à l'école des Beaux-Arts de Paris, réalisa de beaux monuments aux morts dans le département de la Somme.

 

     A Hallencourt, c'est un poilu, au repos, fièrement campé adossé à un obélisque ; sur les trois faces de l'obélisque l'effarante liste des victimes de la guerre, plus de 100 morts ! 

 

    C'est le même type de monument que l'on trouve dans la commune de Vron avec également un poilu à la pose légèrement différente....

 

      Lors de l'inauguration du monument, dans son allocution, le maire rendit un vibrant hommage au sculpteur :

 

"nous devons ce magnifique résultat à un éminent statuaire que son talent appelait à de plus grands théâtres que notre humble

 

village. Nous ne nous en trouvons que plus honorés. Nous pouvons lui exprimer notre très réelle gratitude.

 

 

C'est la marque du grand artiste que le coeur soit égal au talent : l'un ne peut aller sans l'autre. Et son attachement à cette terre de

 

Picardie dont il est issu, l'a conduit une fois, de plus, à un désintéressement dont nous lui sommes reconnaissants. Et notre joie est

 

double puisque c'est un artiste picard qui a glorifié des enfants de la Picardie morts pour la grande patrie."

 

(L'Echo du Vimeu 21 juin 1921)

 

 

 

 

 

 

 

     Ce seront deux coqs posés sur un obélisque pour les monuments de Saint-Riquier et de Terramesnil.

 

     Ces monuments, comme nous l'avons souligné dans le chapitre "Les signes de la Victoire", n'échapperont pas à la convoitise des voleurs qui déroberont les deux coqs de bronze !

 

     L'un sera remplacé par un coq en pierre, l'autre par une croix de guerre également en pierre.

 

     Deux autres beaux monuments sont à mettre à l'actif d'Emmanuel Fontaine, ceux de Mers-les-Bains et de Rue.

 

 

 

 

MERS-LES-BAINS

 

 

    En septembre 1919, le conseil municipal de Mers-les-Bains "décide qu'une quête va être faite à domicile ... avec un appel distribué aux habitants [qui incite]  tous, riches et pauvres, chacun selon ses moyens et dans la plus large mesure possible à participer à l'érection du monument, qui doit être digne des héros, dont il rappellera le souvenir et le sacrifice". 

 

    Le 22 avril à une large majorité, le conseil choisit parmi de nombreux projets (Albert Roze, Réal Del Sarte ...) celui proposé par le statuaire parisien Emmanuel Fontaine pour un montant de 10000 francs (environ 10000 euros).

 

    Le sculpteur fournira un devis accompagné d'un croquis du monument.

 

  Le monument, ceint d'une clôture d'obus reliés entre eux par des chaines, est en pierre de Chauvigny et de Lorraine. 

 

    Il représente un poilu debout tenant son fusil de la main droite. Appuyé contre une stèle, il écrase l'aire germanique sous son pied.

 

    Les noms des morts sont gravés dans l'ordre chronologique du décès.

 

(Renseignements pour la plupart tirés du livre de M. Etienne Chantrel, Une commune picarde pendant la guerre, Mers-les-Bains, Pouché-Perrin, Eu, 1922.)

 

 


 

 

   L'inauguration eut lieu le 17 septembre 1922. Comme le rapporte le Messager eudois de l'époque

 

"une émouvante et double cérémonie fut préparée avec un soin pieux. Près de 40 arcs de triomphe avaient été dressés sur tout le parcours ou en vue du cortège, soit pour la cérémonie du matin à l'église soit pour la cérémonie de l'après-midi devant le monument aux morts."

 

    Dans le cadre de la commémoration du Centenaire de la guerre 14/18, la ville rend hommage à ses jeunes mersois, tombés au champ d'honneur, par une exposition de panneaux au sein du square Henri-Barbusse.


RUE

 

 

    Pour la commune de Rue, comme le dit le secrétaire du comité d'érection dans son discours d'inauguration :

 

    "le sculpteur a taillé dans la pierre un beau groupe

 

allégorique ... Sur la face avant se détachent un poilu

 

enveloppé en partie dans les plis du drapeau et une Victoire

 

ailée ... C'est la Gloire qui sort le poilu de son tombeau pour le

 

conduire à l'immortalité" ...

 

(Echo du Vimeu 24 septembre 1921)

 

 

(se reporter au paragraphe consacré à cette commune)

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     

 

Athanase FOSSE 

 

 

 

   Né à Allonville en 1851, Athanase Fossé manifeste très vite des talents d'artiste.

   Il suit l'école des Beaux-Arts d'Amiens, pui celle de Paris. A 25 ans il participe à son premier salon en envoyant le buste du sculpteur picard Théophile Caudron.


   Il meurt en 1923 et sera enterré dans le cimetière d'Allonville.


   Athanase Fossé offrira à la commune où il est né un très beau monument aux morts :

 

  une pleureuse avec une palme à la main qui s'incline sur la stèle où sont inscrits les nombreux morts du village.

 



 

 

 

 

 

Charles GERN

 

 

      Sculpteur rhénan, né en Allemagne à Kaiserslautern,, Charles Gern fut élève des Beaux-Arts de Munich.

 

       Il a vécu un certain temps dans la région d'Albert et y exécuta de très beaux monuments.

 

       Le monument aux morts d'Albert, édifié en 1936 en pierre d'Euville, a la forme d'un portique à quatre piliers. 

 

      Sur les côtés, deux bas-reliefs qui figurent des scènes pathétiques : l'Adieu et le Deuil , oeuvres du sculpteur de Malakoff Pierre Fosses, Charles Gern n'ayant pu les exécuter pour des raisons de santé.

 

        Au centre la statue d'une femme au port majestueux symbole de la paix.

 

 

 


 

        Charles Gern a réalisé trois autres beaux monuments : un pour la commune d'Auchonvillers ; un pour Beaumont, un pour Hamel regroupés en une seule commune, Beaumont-Hamel.

 

 

AUCHONVILLERS

 

 

     Le 1er janvier 1933 la commune d'Auchonvillers passe commande d'un monument aux morts au sculpteur Charles Gern, alors installé à Albert.

 

    Le marché prévoit la construction d'un monument en pierre d'Euville dont Gern présente un devis accompagné d'une maquette.

 

      Le total s'élève à 22000 francs, dont une partie fournie par des communes marraines du canton de Sully sur Loire.

 

     Le projet obtint en février 1933 un favorable de la commission départementale qui le jugeait intéressant. Suite à des ennuis de santé du sculpteur, les travaux furent assez lents et les inscriptions ne furent gravées qu'en septembre 1936.

 

     Le monument représente une belle femme aux formes épanouies figurant la Patrie avec, de chaque côté, une couronne mortuaire ; sur le faîte une croix de guerre.

 

 



 

 

BEAUMONT-HAMEL

 

 

     Le 14 juin 1933, la municipalité de Beaumont-Hamel décida l'érection de deux monuments aux morts, l'un pour Beaumont et l'autre pour Hamel.

     Le marché, passé entre la commune et le sculpteur Charles Gern, installé à Albert, prévoyait deux monuments en pierre d'Euville sur des fondations en béton également prises en charge par le sculpteur, le tout pour 32 000 francs (environ 32 000 euros)

 

     Le devis pour ces deux monuments étaient accompagnés d'une photo et d'une maquette.

 

 




 

 

 

 

 

Louis-Henri LECLABART

 

 

 

     Né à Péronne en 1876 Louis Leclabart fréquenta l'école des Beaux-Arts d'Amiens.

 

 

      A ses débuts, il travailla dans l'atelier d'Albert Roze.Il figura au Salon des Artistes français de 1911 à 1914 et reçut la médaille de Vermeil de la ville Amiens en 1911. 

 

    Louis Leclabart sera mobilisé de 1914 à 1918, période pendant laquelle il exécuta de nombreux dessins à la mine de plomb.

 

      Sculpteur marqué par la Grande Guerre, d'une grande sensibilité artistique, Louis Leclabart décède à Amiens en 1929.

 

      A souligner 

 

  " le parti-pris original du sculpteur qui fait le choix de montrer un ou des combattants en action plutôt que de présenter des

 

attributs classiques issus du registre patriotique ou militaire tels une victoire ailée, un coq gaulois, un drapeau ou encore une croix

 

militaire, attributs qui constituent les sujets principaux d'un grand nombre de monuments."

 

   (L.Leclabart. Un artiste picard dans la Grande Guerre, sous la direction de Thierry Hardier, Cap Régions Editions, pp121-122)

 

 

 

     Cette originalité se retrouve dans toutes les oeuvres que le sculpteur a réalisées dans le département.

 

 

 

"Les Patrouilleurs" à Abbeville.

 

 

      Le sculpteur explique sa composition :

 

   " le monument représente un groupe de Patrouilleurs. La nuit tombe, c'est l'instant favorable ; grâce au crépuscule, nos poilus

 

ont pu sortir de la tranchée ; sans bruit, l'oreille aux aguets, la main crispée au fusil, la patrouille se dissimulant dans les hautes

 

herbes, va surveiller les tranchées ennemies, enlever peut-être une sentinelle ..."

 

   (L. Leclabart. Un artiste picard dans la Grande Guerre, op. cit. p.123)

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Le guetteur" d'Arry.

 

 

 

  Lors de l'inauguration du monument le 7 mai 1921, le maire de la commune rendit hommage à L. Leclabart en ces termes :

 

  "Merci à vous M. Leclabart d'avoir su si bien reproduire le souvenir vivant de nos frères d'armes.

 

  Votre talent a pu faire sortir de la pierre un simple poilu attentif, le cou tendu vers le créneau, les yeux fixés sur le point où il a cru voir l'ennemi.

 

  Tout chez lui dénote l'attention : ses muscles saillants, ses mâchoires serrées.

 

  Les mains serrées sur son arme, il est prêt à combattre ...

 

   On sent que, poilu vous-même, vous avez mis toute votre âme à immortaliser vos camarades tombés au Champ d'Honneur."

 

(L'Echo du Vimeu, 14 mai 1921)

 

 




 Les bustes de soldats de Coulonvillers et d'Estrées-sur-Noye

 

 

 

 

  Deux monuments de même facture ; tous deux représentent un buste de fantassin surmontant un obélisque.

 

  Celui de Coulonvillers est prêt au combat, une main sur la poitrine l'autre serrant une grenade.

 

 A Estrées-sur-Noye, à nouveau un combattant, les bras croisés qui affiche détermination et ténacité.


 

 

 

 

Les combattants de Marcelcave

 

 

 

 

     Deux soldats au combat : l'un d'eux est touché à mort ; son compagnon, fusil serré dans les mains, l'air déterminé affronte l'ennemi.

 

"Les divers orateurs surent faire ressortir le chef-d'oeuvre vivant taillé dans la pierre par l'éminent et sympathique artiste, M.

 

Leclabart.

 

 

Si l'artiste avait pu colorer son oeuvre, vous verriez ce poilu, jaune de l'argile de la Somme, noir de la boue de l'Yser, et blanc

 

comme il est là de la craie de Champagne.

 

 

Ah! comme ils'élance, le poilu symbolique, la bouche tordue, les yeux fous, les mains crispées au fusil.Combien est belle et pleine

 

de souffrance, avec ses yeux clos, la silhouette du poilu tombé aux pieds de son camarade ! Toute cette interprétation de la vie et

 

de la mort du poilu fut rendue puissamment par le ciseau de l'artiste qui revivait lui-même sa vie de guerre."

 

(Le Messager de la Somme, 26 juillet 1923)

 

 

 

 

 

 

 

"Le tourbier" de La Faloise

 

 

 

    Pour la commune de La Faloise, Louis Leclabart a sans doute réalisé l'un de ses monuments aux morts les plus originaux.

 

    Il ne s'agit plus de soldats au combat mais d'un homme, un tourbier qui s'appuie sur son louchet (instrument dont on se servait pour tailler la tourbe, appelé aussi "bêche à aileron").

 

    Il se recueille devant une croix surmontée d'un casque. 

 

   Deux signatures au bas du monument : L. Leclabart et Beaugrand, architecte à Amiens, 1922.

 

 

 

 

 

 

 

Georges LEGRAND

 

 

 

 

   Né à Amiens en 1873, Georges Legrand a exercé son métier de sculpteur principalement à l'intérieur du Groupement coopératif de Notre-Dame des Arts, dont le siège était à Amiens.

 

   Ce groupement créé par Pierre Ansart, au lendemain de la première guerre mondiale, associait de nombreux artistes et artisans dans le but d'accélérer la reconstruction des églises et des monuments dévastés lors du conflit.

 

  Georges Legrand épousera une femme native d'Hangest-en-Santerre. Il édifiera le monument aux morts de la commune :

 

    "une mère présentant à son enfant, qui le couvre de lauriers, le casque du père "mort pour la France", (devis du 13 juillet 1923).

 

    

 

 

 

 

 

    Des travaux seront entrepris par la municipalité en 2008 pour le transfert du monument :

 

 

   " afin de le mettre en valeur et qu'il soit mieux respecté, et également pour une totale sécurité lors des cérémonies."

 

(Bulletin municipal n°6, juin 2008)

 

    

    Georges Legrand réalisera également le monument de Morchain dont La Gazette de Péronne du jeudi 7 octobre 1926 relate l'inauguration.

 

" Un ancien combattant arracha le voile tricolore qui recouvrait le monument et l'oeuvre splendide du sculpteur amiénois Legrand

 

apparut.

 

Le délicat artiste qui est déjà l'auteur des monuments existant dans de nombreuses communes s'est surpassé à Morchain.

 

Le groupe de pierre, admirablement traité, représente la France, le flambeau de la civilisation en main, se dressant au-dessus d'un

 

soldat étendu, inanimé sur lequel se penchent deux orphelins de guerre".

 

 

En bas du monument une inscription : La France sauvée par son sacrifice continue sa mission dans le monde".

 

 

Sur le projet initial fourni par Georges Legrand sculpteur, M. Hunau et M. Danjean architectes, cette inscription figurait en-haut du monument et formait un demi-cercle. On pouvait y lire :

 

"La France sauvée par son sacrifice et vivifiée par son coeur généreux continue sa mission dans le monde."

 

 

 

 

 

 

    et celui d'Andechy,  "une stèle avec statue représentant la Commune, pierre dure de Lavoux de choix" (descriptif du devis, 15

 

février 1924) accompagné de deux croquis dont un aquarellé.

 

 

 

 


 

 

 

 

 

Valentin-Charles MOLLIENS 

 

 

 

    Né à Argoeuvres en 1868, mort à Amiens en 1937, Valentin-Charles Molliens avait son atelier à Longpré. Il débuta à l'école régionale des Beaux-Arts d'Amiens.

 

   Guidé par le maître Falguière, il obtint de nombreuse récompenses. Il sculptera notamment la quasi-totalité des décors floraux et le bestiaire du célèbre hôtel Bouctot-Vagniez d'Amiens.

 

    Il exposa plusieurs fois à la Socièté des Amis des Arts et collabora avec des entreprises de monuments sans toujours signer ses oeuvres.

 

     Les monuments réalisés par V. Molliens sont des oeuvres originales qui sortent de l'ordinaire. Ainsi le rapporteur de la Commission d'examen des projets, émet un avis favorable pour le monument de Breuil, en précisant :

 

    " ce monument se distingue heureusement de la banalité et du déjà vu". (4 août 1931).

 

     On doit à ce sculpteur les monuments de Breuil, d'Etalon (La croix de bois), de Le Quesnel (L'énergie française), de Poix-de-Picardie (La mort glorieuse), de Thézy-Glimont. 

 

     

 

 

ETALON

 

 

 

     Le monument aux morts d´Etalon "est l'oeuvre fort belle d'un artiste picard M. J. Molliens.

 

     L'ensemble affecte la forme d'un autel, auquel on accède par un escalier de six marches. La sculpture du fond représente un champ de blé, duquel émerge la tombe d'un poilu avec sa croix de bois et sa cocarde.

 

     Une inscription encadre le motif  Nous conservons pour eux l'incomparable espoir d'une seconde vie. (Haraucourt).

     En bas de la stèle cette autre inscription : "Nous leur devons notre indépendance et nos moissons". (Le Réveil de Montdidier et de l'Arrondissement, 20 juillet 1928).

 

 

 


POIX-DE-PICARDIE

 

 

   En septembre 1920 un devis concernant l'érection d'un monument aux morts est présenté à la mairie par l'architecte M. Dupont, l'entrepreneur M. Grujeon.

 

      C'est M. Molliens, sculpteur  qui réalisera le bas-relief figurant un jeune homme en deuil.d'un bas-relief. Une maquette du monument accompagne le projet.


 

 

 

 

 

 

 

" ... Il y a encore des artistes capables de donner aux types les plus courants de la statuaire de commerce un caractère original : notre sculpteur amiénois  l'a prouvé à première demande ...

 

Louables sont les municipalités qui ont l'esprit de laisser toute liberté à un sculpteur et à un architecte choisis et associés avec discernement.

 

Ce dut être le cas de celle de Poix. L'ensemble sobre, harmonieux est fait d'une stèle bien profilée; sur la face de devant s'encastre un relief qui a reçu le titre de Mort glorieuse ; un héros aux traits mâles, déjà tirés par l'agonie, donne au Drapeau un baiser suprême ..."

 

Telles sont les louanges adressées à V. Molliens par le Journal d'Amiens du 14 octobre 1921lors d'une exposition des sculptures de l'artiste.


 

BELLOY-SAINT-LEONARD 

 

 

 

     Le monument aux morts, adossé sur un mur latéral de l'église de Belloy-Saint-Léonard, fait apparaître dans une niche de forme romane, deux soldats en guise de chapiteaux.

 

     L'un s'est endormi et l'autre semble se rendre. Ces deux sculptures sont l'oeuvre de Valentin Molliens comme en témoigne la signature sur chaque sculpture.